Toutes richesses bues, il ne reste à la mort qu'à laver nos remords

et éclairer notre vue.

Mais le chien qui nous tient, le vent qui nous lèche,

le ventre qui nous retient, l'horreur qui nous assèche,

nous ravit et comble notre misère d'avoir le front dans les étoiles et le cœur par terre.

Rien n'y peut, du malheur nous voulons notre part,

de l'amour aussi, mais plus tard, toujours plus tard.

Souffrir pour mieux maudire, ne pas vivre pour ne pas mourir,

ce n'est plus un destin, c'est un hoquet sans fin.

Et quand vient le soir à l'instant du miroir, pour que se brise tout désespoir,

il ne reste qu'un éclat de rire, rire de cire.

Rien n'y peut, rien ni pire,

il ne reste que le chardon, délice des ânes et des abeilles,

la prairies sous la glace, la pulpe du verbe, la vulve océane.

Il ne reste du minerai au cœur qu'Adam et Eve superbes en nudité,

vermeils au soleil et barbouillés de rires,

Oeuvre d'un scandaleux hasard à la démesure de l'univers

que le crime si vorace ne peut achever

ne pourra achever à Auschwitz là-bas, n'a pu achever à Auschwitz ici.

Auschwitz aporie. Auschwitz frontière balafrée sur la langue,

sur l’iris, sur le cœur, dans le cœur qui bat,

qui bat sous les cendres, qui bat sous la bêche et la hache,

qui bat sous le plomb et la glace,

qui bat sous ma peau.


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