Les Immortels sont là, ils me disent

- Je gis sourd à la hache, le tohu bohu d’une langue déchirée stance au loin une prière machinale, un bariolage en cascade déferle sur la pensée vacante et du poème la boussole s'affole.

- Je balbutie d'un clairon héroïque, l'épi outragé, je veux encore épier dans le limon de l'obscur, la vérité saccagée par les fabriques.

- L'écrou poétique relâche encore quelques essaims de diamants sur les évangiles de la poisse et leur gloire assassine.

- Le goudron se bistre, la fumée s'irrite en fumée, alors les caresses stagnantes des sentiers nonchalants enivrent la lune commune, premier miroir, reflet de notre regard épuisé recouvert par les nues chaque soir que le matin fait.

- Comme une mésange engourdie s'ébroue d'un ciel de pierreries qui attribue à chacun son oeil, le mien saigne sur un enfant édenté de son rire.

- Ils s'aiguisent, rusent avec les vestiges, après la ciguë du crépuscule, ils étalent leurs viandes et carnassiers sans proies ni gîtes, ils s'arrachent leurs pleurs en cruelle frénésie.

- Illettré de ma propre vie, je suis une proie facile pour la poésie et je le paie en lambeaux d'âme pendant que plume ardente elle envahit ma pénitence.

- La machine rumine de la chair et du sang. Oyez! vous tous tourmentés! Écoutez la rose! Sa chair crie à la chair et broie les lois d'un occident souillé.

- Toute crucifixion n'est jamais salvatrice, libellule, scarabée, chacal s'abreuvent aux larmes des martyrs, les hommes eux, s'engraissent de repentirs.

- Crains les déféqueurs d'hosties, la lune fut, tête coupée, notre unique reposoir contre le gui, le tamaris, la suie et le bec orangé d'un merle pilleur de cerises.

- Il me reste un Avril châtié de cercueils paré et je désespère d'une tanière et d'un renard alangui.

- La mort dans un dernier soupir, de la forge où se cuivrent les étoiles, soutire les cerisiers au jour nouveau, nouveau mais inapte à la rose.

- Je garde en mémoire les amulettes des steppes et les cierges des ruelles, rejeton boutonné de cire un bleuet explosera au printemps, noir de punaises cruelles.




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